Prendre sa retraite à 40 ou 45 ans, vivre de ses placements, faire ce qui nous plaît vraiment : c'est la promesse du mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early — indépendance financière, retraite anticipée). En février 2026, la RTS y consacrait un reportage : le mouvement séduit de plus en plus de Romands. Mais est-ce réaliste en Suisse, le pays le plus cher d'Europe ? Voici les chiffres réels, sans fantasme.
Le principe du FIRE en deux idées
Tout le mouvement tient sur deux piliers d'une simplicité déconcertante :
- Épargner massivement — pas 10 ou 15 % de son revenu, mais 40, 50, voire 60 %. C'est le vrai moteur, bien plus que le niveau de salaire.
- Investir l'épargne — généralement en ETF mondiaux à bas coût, pour que le capital travaille et génère à terme des revenus passifs suffisants pour couvrir le train de vie.
L'objectif n'est pas forcément d'arrêter de travailler du jour au lendemain. Pour beaucoup, le FIRE signifie surtout la liberté : pouvoir choisir un travail qu'on aime, passer à temps partiel, ou se lancer dans un projet sans la peur de manquer.
La règle des 4 % (et pourquoi viser 3,5 % en Suisse)
Le cœur mathématique du FIRE est la règle des 4 %, issue de l'étude américaine Trinity. Elle dit qu'un portefeuille diversifié peut supporter un retrait annuel de 4 % pendant 30 ans sans s'épuiser. Concrètement, votre « FIRE number » (le capital à atteindre) est égal à vos dépenses annuelles multipliées par 25.
Mais cette règle a été calibrée sur le marché américain. En Suisse, deux ajustements s'imposent :
- Visez plutôt 3,5 % (soit vos dépenses × 28-29) si vous partez très tôt : une retraite de 40 ou 50 ans est bien plus longue que les 30 ans de l'étude, et un taux plus prudent protège contre les mauvaises séquences de marché.
- Tenez compte du franc fort : si vous investissez en actions mondiales (en dollars ou en euros) mais dépensez en francs suisses, le taux de change ajoute un risque. Détenir 20 à 30 % d'actions suisses peut atténuer cet effet.
Calculateur — votre FIRE number et votre horizon
Entrez vos dépenses annuelles, votre taux d'épargne et votre capital déjà investi. Le calculateur estime le capital à atteindre et le nombre d'années pour y arriver.
Le taux d'épargne : le seul chiffre qui compte vraiment
Voici ce qui surprend tout le monde au début : votre salaire compte beaucoup moins que votre taux d'épargne. Pourquoi ? Parce qu'un taux d'épargne élevé fait deux choses à la fois : il accumule du capital plus vite, et il abaisse votre train de vie, donc votre FIRE number. Double effet.
| Taux d'épargne | Années jusqu'au FIRE* |
|---|---|
| 10 % | ~51 ans |
| 25 % | ~32 ans |
| 40 % | ~22 ans |
| 50 % | ~17 ans |
| 65 % | ~10 ans |
*En partant de zéro, avec 5 % de rendement réel et un retrait à 4 %. Le chiffre est quasi indépendant du salaire absolu.
Les spécificités suisses qui changent tout
Le FIRE en Suisse n'est pas le FIRE américain. Quatre particularités jouent en votre faveur — ou en votre défaveur :
1. Le coût de la vie élevé gonfle le FIRE number
Avec un coût de la vie parmi les plus hauts du monde, un FIRE confortable en Suisse demande souvent 1,5 à 3 millions de francs, là où 800 000 € suffiraient dans le sud de l'Europe. C'est le revers de la médaille des hauts salaires suisses.
2. Mais l'AVS et la LPP réduisent l'effort réel
Contrairement aux États-Unis, la Suisse offre un filet de retraite publique solide. Dès 65 ans, l'AVS verse entre 1 225 et 2 450 CHF par mois, et la LPP s'y ajoute. Vous n'avez donc à financer entièrement vous-même que le « pont » entre votre départ anticipé et 65 ans — pas toute votre vie. Cela réduit sensiblement le capital nécessaire.
3. Les plus-values exonérées : l'atout majeur
En Suisse, les plus-values sur titres détenus à titre privé sont exonérées d'impôt. Un portefeuille d'actions qui prend 50 % ne génère aucun impôt à la revente. C'est un avantage énorme et quasi unique pour un candidat au FIRE — à condition de ne pas être qualifié de « commerçant professionnel de titres » par le fisc (évitez le trading actif).
4. Les coûts à ne pas oublier
- Primes LAMal : elles augmentent chaque année et ne baissent pas à la retraite. Comptez-les pleinement dans vos dépenses.
- Impôt sur la fortune : un capital de 1,5 million génère 3 000 à 8 000 CHF d'impôt annuel selon le canton — un coût récurrent à intégrer.
- Cotisations AVS des non-actifs : même sans emploi, vous restez redevable (minimum ~530 CHF/an, davantage selon votre fortune).
Trois profils, trois chemins
| Profil | Dépenses/an | FIRE number (×28,5) |
|---|---|---|
| Frugal (studio, vélo, peu de sorties) | 36 000 CHF | ~1 025 000 CHF |
| Confortable (appart, voiture, loisirs) | 60 000 CHF | ~1 710 000 CHF |
| Famille (maison, enfants) | 90 000 CHF | ~2 565 000 CHF |
Par où commencer concrètement
- Calculez votre taux d'épargne actuel — c'est votre point de départ et votre principal levier. Notre guide du budget aide à y voir clair.
- Maximisez le pilier 3a — déduction fiscale immédiate, à investir en actions sur le long terme. Voir le guide du pilier 3a.
- Investissez le surplus en ETF mondiaux via un courtier à bas coût. Voir le guide ETF débutant.
- Réduisez les grosses dépenses récurrentes (logement, assurances, voiture) plutôt que les petits plaisirs — c'est là que se joue le taux d'épargne. Voir comment économiser sur les assurances.
- Restez régulier — le FIRE est un marathon de 10 à 20 ans, pas un sprint.
Questions fréquentes
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